Le jour du départ

Samedi 4/02, après plusieurs mois de préparation il est enfin temps de partir. Comme souvent les derniers détails ont été bouclés tard dans la nuit et c’est encore un peu groggy que nous nous retrouvons chez moi pour équilibrer les sacs, partager un vrai repas et aller rejoindre l’aéroport pour notre premier avion : Paris-Barcelone.

Le premier transfert est assuré par air France. L’hôtesse galère un peu et ne réussit pas à réserver des places côte à côte pour l’ensemble du voyage : il faudra essayer de voir directement à Barcelone. Le premier vol atterrit dans les temps et nous nous dirigeons tranquillement vers l’embarquement du Barcelone-Buenos Aires. L’heure de transit initialement prévue se transforme finalement en 2h45. Aucune information ne nous est fournie par la compagnie mais nous ne nous inquiétons pas : l’escale suivante est censée durer trois heures et à Paris il nous a été dit que nos bagages devaient suivre tout seuls : tout va bien se passer!

Finalement nous decollons avec 2 heures de retard direction Buenos Aires dans un appareil de la fameuse Aerolinas Argentinas (ultra mal notée au ranking des compagnies aériennes : souvent en retard, en quasi monopole sur l’argentine : la sncf des compagnies aériennes). Première surprise, il y aura bien un film dans l’avion mais seulement un écran toutes les dix rangées. Comme il n’a pas été possible de changer les billets nous sommes tous séparés… après négoce et intervention du responsable sécurité ne parlant absolument pas anglais nous nous retrouvons quand même 2 par 2. L’avion décolle, le film commence; « A chinese tale », film en noir et blanc mal sous titré des années 80… un bonheur. (Après vérification post retour, il semble qu’il s’agisse d’un film couleur de 2011… étrange!)

Le vol passe plutôt vite, après les derniers réglages et compte tenu du niveau du film nous nous endormons rapidement. A l’atterrissage à Buenos Aires nous avons toujours nos deux heures de retard, les gens applaudissent, moi aussi. C’est à partir de ce moment que les choses se compliquent!

Contrairement à ce qui nous avait été dit nous ne pouvons finalement pas utiliser le passage « correspondances » et devons accomplir les formalités de douane à Buenos Aires. Il nous faut aussi récupérer les sacs sur un tapis roulant pour les déposer sur un autre tapis roulant.. sans les avoir reenregistrés. La modernité ça à du bon, mais aussi des limites. Nous avons une heure pour faire tout ça, en avant!

Temps de queue estimé à la douane : une heure. Arf! Je tente la file citoyen US/Canadien/Australien désespérément vide : « No senor »… mais je suis un copain de français madame j’ai même pas de visa à payer. « No senor ». Du coup je me rabats sur la file diplomates : vous êtes diplomate ? Non mais je suis français et j’ai un avion dans 20min (sous entendu tu vas avoir une crise diplomatique si tu ne me laisses pas passer). Un peu surpris le garde hésite va discuter avec un collègue revient me voir avec son collègue et m’invite fermement à retourner dans la bonne file. Échec. Il me proposera quand même d’aller tenter ma chance au comptoir correspondances d’où nous nous sommes faits refouler précédemment.

Au bout de multitudes de « permiso » et de « gracias » nous passons la douane avec 30minutes de retard sur la fin d’enregistrement mais une demi heure d’avance sur le décollage, nous gardons un peu d’espoir!

Récupération express de sac, demande flash de renseignement. Bonheur. La direction indiquée était la bonne. Plus de temps pour les politesses nous passons devant tout le monde avec un agent de la compagnie littéralement porté devant nous. Check-in réussi, décollage de l’avion m-5!! (Au check-in : l’avion est à l’heure ? Oui -réponse avec un sourire- Donc je viens de le rater ? Air paniqué de l’hôtesse : vous feriez mieux de courir!)

Re course à pied. Billet check, security check re grillage de ligne suite à appel de notre nom puis re appel de notre nom pendant le contrôle. Débandade. Je récupère mes chaussures sur le tapis et traverse, en chaussettes et en sprintant, le hall et les 5 portes me séparant du Graal. Airy fait sonner le portique de sécurité mais nous court après sous les protestations pas très véhémentes de l’agent de sécurité. Nous passons la porte, celle ci se ferme. Youou!!!!

Un regard en arrière nous permet de voir les derniers voyageurs être refoulés au niveau de la salle d’embarquement. Quand nous arrivons en bas de l’avion celui ci klaxonne pour que l’échelle d’accès ne soit pas retirée. Nous prenons des places un peu au hasard, de toute manière il n’y aura plus personne après nous!

Les portes se ferment, l’avion décolle nous y sommes enfin, direction El calafate!

El calafate

Après les quelques rebondissements du voyage nous voici dans l’avion pour El calafate, petit village Argentin qui connaît un essor considérable ces dernières années grâce au tourisme. C’est là que se situera le camp de base à partir duquel nous irons visiter successivement le parc chilien Torres del Paine, le glacier Perito Moreno et le village d’El Chalten dans le parc Los Glaciares. Malgré le retard au décollage nous arrivons à l’heure, la seconde partie du vol s’est faite au dessus de terres arides et désertiques : la pampa version été!! Malgré tout, c’est un petit crachin qui nous accueille à la descente de l’avion, pas forcément idéal pour débuter les vacances mais il parait que la météo sera meilleure demain.

Une fois les bagages récupérés nous cherchons à rejoindre El Calafate et l’auberge que nous avons réservée : « La posada del Angel ». Le seul problème c’est que l’aéroport est à une vingtaine de kilomètres de la ville, il nous faut prendre un taxi ou un bus. N’ayant pas eu le temps de récupérer de l’argent à Buenos Aires nous cherchons un distributeur de billets… Après avoir fait deux fois le tour du petit aéroport nous posons la question à un pilote, la réponse est claire : « There is nothing here, welcome in patagonia! ». Bon, ben voilà. Finalement nous prenons un taxi « au forfait » (125 ARP l’aller simple, en gros 22 euros, à quatre, ça passe!).

Sur le chemin le taxi s’arrête proche d’un distributeur de billets dans la rue centrale, il aura un peu plus de mal à trouver l’adresse de l’auberge! Finalement aux alentours de midi nous voici avec toutes nos affaires devant la porte de l’hotel, un petit miracle. La Possada del Angel est une sorte de bed & breakfast tenu par un couple de sympathiques argentins, dans la cinquantaine. Nous avons une chambre pour 4, avec salle de bain privative, les petits déjeuners sont compris dans le prix (dans les 330 pesos la nuit pour 4). Notre première impression est plus que positive!

Nous descendons ensuite en ville, tout est articulé autour d’une rue principale et très touristique. Le lago argentino et les Andes donnent au paysage un petit côté sauvage très sympathique.

El calafate

Nous mangeons en milieu d’après midi au Lechuza, une chaîne de restaurants qui sert des pizzas « grande »… vraiment « grande »!! Nous n’arriverons pas à les finir (sauf Airy!) et sauterons le repas du soir, plutôt rentable comme menu!

Nous prévoyons une balade autour du lago pour le lendemain, le soir avant de nous coucher nous faisons un tour du côté de la laguna nimez (normalement il faut payer un droit d’entrée pour pouvoir faire un circuit mais à 20h tout est fermé, nous nous contentons de marcher le long de la clôture).

Une journée bien chargée vient de s’écouler, mais nous sommes à bon port, l’aventure est lancée!

Le lundi au soleil!

Lundi matin, 10heures, il est temps de quitter l’auberge! Nous commençons par faire quelques courses pour le pique nique du midi, nous en profitons pour acheter un tube de crème solaire et un stick lèvres. La crème vient de France et coûte un bras, le stick fait aussi office de rose à lèvres… Double échec. Ceci dit compte tenu de la violence du soleil patagonien il ne faut pas hésiter! Airy se moque : « vous n’allez quand même pas prendre un coup de soleil le premier jour ça n’arrive jamais ». Il aura l’occasion de regretter ces propos!

Nous voici donc partis pour 5h de marche autour du lac. Nous rencontrons celui qui nous accompagnera une grande partie du voyage : le vent!! Mis à par ça, le paysage est superbe et la marche sympathique. Nous croisons de nombreux animaux : oiseaux en tout genre, chevaux ainsi que de nombreux chiens errants.

Après notre pique nique au bord de l’eau et un retour en fin de journée à El Calafate nous nous rendons compte que le soleil tape aussi fort que promis : certains ont pris des couleurs!!

Nous faisons nos dernières courses : un brûleur à gaz (220ARP) et une bouteille de butane  (45ARP). Nous avions prévu le brûleur mais visiblement les embouts universels français et argentins ne sont pas compatibles… Après un dernier petit tour dans les pharmacies à mimer diverses maladies pour essayer d’obtenir les médicaments associés, nous rentrons à l’auberge.

Après ce petit tour de chauffe et la récupération des derniers éléments indispensables à notre séjour nous voici  partis en direction du Chili et de Torres del Paine!

El Calafate – Cerro Castillo – Puerto Natales

Après ces deux journées passées à finaliser nos préparatifs il est temps de partir pour Torres del Paine! En France nous avions réservé nos tickets auprès de la compagnie zaahj , 32USD par personne pour un aller simple El calafate – Cerro Castillo et 20 USD pour Cerro Castillo – Torres del paine. Les prix locaux sont plus 12 000CLP (environ 18 euros) et 7 000CLP (11 euros). Comme nous le verrons plus tard, il valait mieux ne pas prendre de risque et réserver avant!

Il y a énormément de compagnies de bus, elles ont toutes les mêmes tarifs et horaires. En France on pourrait parler d’entente illégale, ici on considère que c’est plus pratique pour s’y retrouver!

Notre bus part à 8h (et dans cette région les bus partent à la minute indiquée!), nous ne savons pas trop combien de temps va durer le voyage, en théorie nous devons descendre à Cerro Castillo (une ville Chilienne qui fait office de poste de frontière) afin de changer de bus sans aller jusqu’à Puerto Natales et de gagner un peu de temps pour retirer de l’argent chilien.

8 heures 01 nous voici partis. Le bus est plein de touristes de tous horizons : deux français qui venaient de descendre la route 40 à moto ont vendu leurs machines en continuent leur descente de l’Amérique Latine en bus, des anglo-saxons bavardent sur les problèmes avec les malouines… Moi, je m’endors rapidement.

Lors ce que je me réveille le bus est en train de rouler sur une longue route, rectiligne et déserte. Des paysages de pampa s’étendent à perte de vue . Après une rapide pause dans une station service nous voici repartis (les bus sont équipés des toilettes mais des petites étiquettes demandent avec un certain humour : « liquid only »). Le bus repart sans les deux français, le chauffeur n’avait pas pris la peine de vérifier que tout le monde était bien revenu.. finalement tout le monde est là et nous repartons.

Vers midi, nous commençons l’épreuve des douanes. Devant l’afflux de touristes on aurait pu espérer un système simplifié voir unifié. Il n’en est rien. Du coup nous faisons un premier arrêt côté argentin, environ une heure pour faire tamponner son passeport par deux douaniers moyennement locasses. Nous reprenons le bus pour une petite dizaine de minutes avant de nous arrêter à la douane chilienne … pour une nouvelle heure. Il y a énormément d’interdits en arrivant au Chili : aucun produit frais, aucune épice, aucune plante, aucun … la liste est longue. Du coup nous avons un peu peur pour nos lyophilisés, un douanier nous rassure nous pourrons les conserver. Son collègue responsable du rayon X nous fera quand même ouvrir les sacs et inspectera en détail nos sachets.

14 heures, nous repartons, notre prochain bus doit partir à 14h45, nous sommes à 7km de notre arrêt, tout va bien. Sauf que; sauf que; une nouvelle fois les choses ne vont pas se passer comme prévu. Notre bus ne marquera jamais d’arrêt à la ville de Cerro Castillo (nous étions arrêté au poste frontière de Cerro Castillo, la ville est un peu plus loin) et nous voici embarqué direction Puerto Natales.

En soit ce n’est pas trop gênant : nous pouvons prendre l’autre bus à Puerto Natales et il n’y a qu’une quinzaine de minutes de route. Nous nous rendons d’ailleurs compte que sur nos billets il est écrit Puerto Natales et non Cerro Castillo.

14h15, nous arrivons à Puerto Natales, je me rends immédiatement dans l’agence de bus pour signaler notre présence et faire vérifier nos billets. Pas de problème. J’indique que nous allons chercher de l’argent chilien et que nous reviendrons avant 14h45, heure de mon billet. Pas de problème.

Nous n’arrivons pas à rentrer dans la « Banque du Chili » pour retirer. Ils ont bien des distributeurs automatiques mais la banque ferme à 14h et les distributeurs sont accessibles dans le sas … lui aussi fermé. Nous essayons une deuxième banque, elle aussi est fermée mais les distributeurs sont accessibles. Toutes nos cartes sont refusées sauf celle de Pierre, une Master card. Nous n’aurons pas assez avec la somme qu’il vient de retirer pour 4 et pour 10 jours de trek, nous nous renseignons auprès de locaux, ils nous indiquent une pharmacie. Face à cette traduction mes capacités en espagnol ne pouvaient qu’être remises en cause, cependant c’est effectivement dans la pharmacie que nous trouverons un distributeur Visa!

14h42, nous voici revenus dans l’agence de bus, je demande au même employé que précédemment : « il est ou le bus ? » réponse : « le bus est parti ». « Quoi le bus est parti ? » « Le bus est parti ». A ce moment l’espagnol dérape, devient un mélange d’anglais, de français et de castillan pour expliquer que non le bus n’est pas parti par ce que nous sommes venu lui signifier notre présence, que l’horaire de départ n’est pas passé et que de toute manière j’en ai un peu marre de ces galères.

Le gars est compréhensif (rattrape son erreur ?), il passe deux coups de fil et nous indique que le bus a fait demi tour et que nous pouvons attendre sur le trottoir. Le bus revient, nous nous installons en vitesse sous le regard mi amusé mi accusateur de la quarantaine de passagers, Torres del Paine nous voici!

Puerto Natales – Torres del Paine

Après quelques péripéties nous sommes finalement dans le bus, nous partons en direction de Cerro castillo, ou le bus fait une petite pose avant de continuer vers le parc Torres del Paine. Du fait de notre arrivée tardive nous sommes éparpillés dans le bus, je suis à coté d’un berger chilien qui parle avec un accent à couper au couteau et dégage une forte odeur de mouton. Un passager présent juste devant nous ouvrira quelques minutes après le départ la trappe d’aération, le seul effet notable de cette action fut un abaissement de la température d’une dizaine de degrés…

Dès la sortie de la ville le bus  roule dans une flaque, une très grande flaque. Pour les quatre heures suivantes la vue de ma fenêtre sera des plus restreinte.

Du coup je me rendors (je n’y vois rien, il fait froid, mon voisin ne sent pas bon et je n’arrive pas à comprendre ce qu’il me raconte, dormir est ma meilleure option!). Pendant ce temps mes compagnons de route se renseignent sur l’endroit du parc ou le bus doit s’arrêter (impossible d’avoir l’information par mail avant le départ …) et sur l’horaire d’arrivée.

Vers 18h nous arrivons enfin dans le parc à la « Laguna Amarga ». Un Ranger monte dans le bus pour nous rappeler les règles du parc (La règle numéro est de ne pas faire de feu, la règle numéro deux est de ne pas faire de feu …) et nous inviter à aller payer la taxe d’entrée (15 000CLP pour les non chiliens). Au détour il nous indique aussi que les campings Italiano, Britanico et Refugion Central sont fermés. Il ne donne aucune explication, des chiliens râlent (l’information aurait pu être donnée avant l’arrivée au parc) un Européen demande une traduction en anglais qui lui sera refusée, et nous nous disons que nos plans sont une nouvelle fois bien modifiés … Le paysage nous permet quand même de relativiser.

Heureusement un autre garde, beaucoup plus sympathique nous renseigne, en anglais. Nous allons simplement changer le sens de notre parcours et commencer par le haut au lieu de prendre une navette et de commencer par le Torres Central qui est fermé. Nous débutons  par une petite marche de 7km qui suit un chemin goudronné afin de nous rendre au premier camping, nous aurions pu prendre un bus (2 500 CLP) mais après nos quatre heures de l’après midi nous préférons marcher!

L’air est vif, nous sommes motivés. A l’aide de quelques raccourcis nous avalons la distance en une heure trente. Une fois arrivés au camping Hostel Las Torres nous plantons nos tentes, payons pour la nuit (5 000CLP par personne) et préparons nos premiers lyophilisés.

Du fait de nos problèmes de bus nous avons sauté le repas de midi, les deux petits sachets (un pour le plat, un pour le dessert) sont rapidement expédiés mais ne permettent pas d’effacer totalement notre faim. Airy teste les douches, elles sont gelées, le froid tombe rapidement sur la plaine … nous y sommes!

Hotel Las Torres – Seron

Parcours : 9km/+120/-200

Avant de nous coucher hier soir nous avons décidé de nous lever tôt pour « doubler » l’étape de la journée : 9 heures de marche et une trentaine de kilomètres sont au programme! Nous pensions avoir été raisonnables en nous couchant tôt dans un endroit plat et bien dégagé, c’était sans compter sur le vent!

Durant toute la nuit le vent a littéralement plié la tente jusqu’à la faire taper sur nos têtes, tourbillonnant sans cesse et revenant toujours plus fort il ne nous a pas laissé beaucoup de répit. Petit miracle à 5h45 lorsque notre réveil sonne nous sommes toujours là, avec nos tentes, et rien n’est cassé!! Ceci dit, le soleil n’est pas encore levé, il fait un peu froid, nous n’avons pas trop bien dormi : ça pique. Heureusement un peu avant sept heures les premiers rayons du soleil se lèvent et donnent aux montagnes qui nous entourent de superbes couleurs.

Nous prenons un café à côté des robinets d’eau. Un groupe de chiliens a eu moins de chance que nous, une de leur tente s’est cassée. Les étudiants que nous avions rencontrés dans le bus n’ont pas réussir à dormir à cause du froid!! Une fois le café bu et les tentes pliées nous nous mettons en route. Le plan est de rejoindre le caping Seron, en direction du nord, pour y manger et de rejoindre le Refugio Dickson l’après midi. Le début de la marche se fait sur un chemin en gravier, nous profitons du lever de soleil avec, à l’est, un vaste ensemble valoné où se trouvent quelques lacs et, à l’ouest, le massif Las Torres.

Assez vite, nous passons les premiers contreforts et arrivons dans une zone de plaines, quelques lièvres s’enfuient à notre approche, il y a un petit côté savane Africaine.

Tout à notre découverte nous faisons quelques détours pour aller chercher des points de vue, nous sommes émerveillés à chaque virage … bref nous sommes heureux d’être là.

Au bout de 3 heures 30, nous arrivons à Seron, un caping battu aux quatre vents, qui présente des conditions rudimentaires : toilettes de chantier (un trou dans une planche avec un grand seau en dessous) une seule douche, un seul robinet… De toute manière nous n’avons pas prévu de passer la nuit ici. Il est 10h45, nous nous installons tranquillement afin de préparer le repas (nous sommes partis à jeun). Pendant ce temps là j’engage la conversation avec d’autres marcheurs, sur le départ. « Ha vous voulez aller à Dickson ? Mais vous savez qu’après 11heures il est interdit d’entamer la route ?! » A ce moment j’ai bien envie de répondre par un « il est interdit d’interdire » mais mon « no passaran » de la veille n’ayant déjà pas fonctionné je laisse tomber les « révolutions » européennes pour demander plus de précisions.

Après certains efforts, nous trouvons la responsable du camping, qui a l’air plus intéressée par mon accent que par ce que je suis en train de lui raconter : « vous avez un accent, vous êtes d’ou ? attendez, vous êtes, euh … ha oui … non … vous n’êtes pas Français quand même ? » Ben si je suis français, et j’ai envie de pouvoir marcher cette après midi! Finalement l’affaire se règle, le parcours est un peu long, les rangers ont peur que des gens plantent leur tente avant d’arriver au camping suivant. Comme nous avons l’air en forme et que dans mes explications j’ai un peu raccourci le temps de marche du matin nous avons une autorisation pour partir « avant midi ».

En regardant partir les derniers marcheurs nous préparons tranquillement notre repas, en espérant que la marche de l’après midi soit aussi belle que celle de la matinée!

 

Camping Seron – Refugio Dickson

Parcours : 19km

Un peu échaudés par les recommandations sur la longueur du parcours nous repartons à 11h30, les jambes un peu coupées par notre pause repas. Au bout d’une petite demi heure nous arrivons au pied d’une colline plutôt raide. Des scouts sont en train de faire une pause à mi hauteur, c’est plutôt une bonne nouvelle pour nous vis à vis du respect des horaires (les encadrants ne prendraient pas de risque avec des enfants … enfin on le pense!)

Nous commençons l’ascension, il y a beaucoup de vent, un lac au pied de la butte est balayé et nous recevons des embruns (sur la photo ci dessous c’est bien de l’eau que l’on voit!!).

La côté est vraiment raide, plus personne ne parle : pour la première fois nous sommes dans le dur. A mi hauteur, nous faisons une pause au même endroit que les scouts, qui ont eu le temps de repartir. Une violente bourrasque nous déstabilise, je dérape, Pierre et Guillaume plongent à terre, ce dernier me rattrape alors que mes pieds ne touchent plus le sol. Airy plonge aussi et agrippe in extremis une chilienne qui vient de tomber et dont le sac menace de l’entrainer dans le vide. Nous restons quelques minutes sur le sol. A quelques dizaines de mètres une mini tornade se forme. Clairement nous ne risquions pas notre vie mais une chute à cet endroit aurait laissé des traces! Nous reprenons la marche et arrivons au sommet en ordre dispersé. Un vent monumental nous force à marcher courbé et à nous arrêter fréquemment (ci dessous Guillaume en train de marcher « normalement »)

A l’abri derrière de gros blocs de pierre nous récupérons et essayons de nous rassurer : nous avons passé la plus grosse côte de la journée et espérons que la suite sera plus reposante. A vrai dire, il n’en sera rien : l’autre versant est aussi venté (voir plus) que la montée. Je sens le vent déformer mes pommettes, nous avons du mal à maintenir nos lèvres fermées et faisons sans cesse de gros écarts. Heureusement, cette fois le vent nous pousse vers la paroi et nous nous sentons moins en danger.

Après une demi heure de lutte j’entends, accompagné de bruits métalliques, quelqu’un crier « permiso » « permiso » derrière moi. Je me retourne, m’écarte, et laisse passer un géant (qui doit approcher les deux mètres) : barbe blonde hirsute, longs cheveux, beret sur la tête, collant noir complété par un bermuda kaki ….. et tapis de sol rose fluo accroché au sac. Le type est en train de courir avec des batons de marche.

Se faire doubler en pleine montagne par un viking hippie, ça fout un coup au moral.

Heureusement, une nouvelle fois, le paysage est là pour rattraper tout ça!

La suite de la marche s’effectue toujours à un rythme soutenu. Nous traversons des sous bois et des zones moins denses en végétation, de nombreux cours d’eau aussi. Vers 18heures : tout le monde souffre et nous attendons avec impatience la fin de l’étape. C’est à ce moment là que le refuge Dickson, posé au bout d’une presqu’ île décide de se montrer.

Fourbus, nous arrivons après 4h45 de marche au lieu des 6 heures annoncées. Nous profitons de la boutique du refuge pour nous offrir des cocas (2 500 CLP l’un!!) tellement froids que de la glace nage dans les canettes. Nous réussissons à prendre une douche chaude (du moins Pierre et moi, les autres auront droit à une vigoureuse douche écossaise).

Apprenant des erreurs de la veille nous choisissons le coin le plus abrité du camping, le ciel Chilien nous gratifie d’une magnifique fin de soirée,

Après une telle journée nos lyophilisés sont divins, à 20 heures la fatigue nous rattrape, pour une première journée de trek, c’était une sacrée journée!